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Je marchais dans ce couloir sans penser à autre chose que ce que j’allais trouver à la fin de ce dernier. Le tapis par terre étouffait le bruit de ma démarche pourtant lourde. Je ne pouvais m’empêcher au moment de comprendre, d’avoir peur. Pas une peur paralysante, plutôt de ces peurs qui vous donne chaud dans le dos, vous fais sentir mal à l’aise mais vous pousse à en finir vite. J’étais déjà devant la porte avant d’avoir terminé mon appréhension de ce sentiment. Je crois que c’est bien la première fois que je passais autant de temps devant une porte en bois. J’en regardais les contours, les sculptures simplistes, les traces du pinceau à vernissage, la poignée dorée qui brillait pour donner l’illusion du luxe. Qu’allais-je devoir choisir de si capital… ?  Mercutio ne me connaissait pas. Il a été perspicace voilà tout, du moins c’est ce que je m’évertuais à croire mais il fallait se rendre à l’évidence : il savait qui j’étais et ce qu’il avait à me dire n’avait rien d’innocent. Pourtant, la peur était encore sous ma peau et dans mes muscles, elle avait changé de visage, elle me retenait face à la porte complètement incapable de trouver le simple courage de tourner la poignée. C’est ce moment que Mercutio choisit pour ouvrir la porte.

 

« - Te voilà enfin… je t’attendais Ezekiel… allez entre vite.

- Je suis désolé d’être en retard Mercutio… c’est que… je mangeais…

- C’est inutile de me mentir tu sais… tu n’es pas en retard.

- Comment savez vous que je n’ai pas mangé… ?

- Et bien tout simplement parce que je ne sens rien de particulier… la serviette de table qui   est dans ta poche de veste est propre et parce que personne ne peut avoir d’appétit après avoir entendu ce que je t’ai dis tout à l’heure…

- Vous êtes perspicace Mercutio… ou peut-être avez-vous un jugement chanceux…

- J’ai pris le temps d’observer les gens, beaucoup de temps, tellement de temps…

- Vous ne cessez de parler de temps et d’expérience ! Vous n’avez au plus qu’une trentaine d’années ! Vous moqueriez vous de moi… ?

- Tu as raison, je te dois des explications. »

 

Mercutio avait pris soin de créer une ambiance confortable comme celle que l’on trouverait dans un théâtre de quartier. Quelques bougies, un tas de bouquins et de feuilles annotées en vrac sur la table, il était cultivé ou voulait le paraître… Je me laissais ainsi « anesthésier » par le décor, j’étais trop nerveux et méfiant pour entendre ce que Mercutio avait à me dire et il fallait que je me calme. Il me servit un verre de Porto et fis de même pour lui. Il disait souvent que cela lui redonnais des couleurs, car il faut avouer que Mercutio était d’une blancheur extrême, et que cela n’était pas la conséquence de la mode mondaine qui sortait tout droit d’un pot de poudre de riz. Non. C’était une blancheur naturelle, comme celle qui recouvre le visage des anges et plus communément la peau des populations nordiques. Il ne m’avais encore jamais dis d’où il venait, et je l’avais deviné avec plus ou moins de justesse à l’écoute de son accent ou de ces souvenirs qu’il distillait avec autant de rareté qu’un flocon de neige au Brésil. Il venait du Nord sans doute possible, le vent et le gel lui avaient offert ce faciès particulièrement froid. Mais ses ongles parfaitement limés et l’absence de toute traces d’efforts physiques sur ses mains m’avait poussé à déduire qu’il était issu d’une famille fortunée. Cela me fis repenser à une question toujours sans réponse :

 

« - Vous êtes le frère de Guardiola, n’est-ce pas… ?

- Non, je ne suis pas son frère… pas même son cousin ou son oncle. Ce que je suis pour lui tu le sauras bientôt. J’ai plus important à t’apprendre pour l’instant.

- Bon sang ! Qu’est-ce qui est si grave pour que vous en fassiez une telle mise en scène ?

- Grave ?  Je dirais plutôt « sérieux » ou « fascinant ». Je ne suis pas ce que tu crois…

Ecrit par Kentin Newborn, le Vendredi 23 Janvier 2004, 10:04 dans la rubrique Journal d'Ezekiel Rosario.